15 décembre 2006
mer et montagne ( pour paroles plurielles)
Avant qu’elle n’embarque sur ce frêle esquif qui l’amenait vers des trésors qu’elle avait longtemps rêvés, elle avait eu une vie. Elle avait rencontré un amant flamboyant et formidable qui était devenu un des plus grands peintres de sa génération. En gage et pour tisser les fils de leurs unions, il lui avait offert ce tableau d une grande valeur.
Ils avaient rompus car elle ne supportait plus cette campagne paisible. Elle emportait en tout et pour tout la toile offerte. .Lorsqu’elle accosta, elle embrassa cette terre nouvelle, dont le sable chaud lui caressa déjà les pieds. Les couleurs étaient splendides. Le bleu azuré contrastait avec les moutons du ciel de son campanile. Les fruits dans les arbres étaient gorgés de sucres. Elle allait, à grands pas, en avant dans ce nouvel eldorado qui s’offrait à elle. Elle devait cependant se débarrasser de toute trace du passé pour apparaître nue comme une vénus sortie des eaux.
Elle marcha un moment avant de trouver l’endroit idéal pour le tableau. Elle savait qu’elle abandonnait un objet précieux mais s’y était résolu. Ainsi le tableau d une grande valeur faisait briller ses couleurs pour les stalactites d une grotte qui ne connaissait que le sac et le ressac de la mer faussement paisible.

Le tableau a été peint par pivoine : pivoine
( à suivre...)
06 décembre 2006
incoruptible ( déposé chez paroles plurielles)
Le bureau du ministre, à Bruxelles, accueille un moment déterminant, en comité très restreint, un scandale allait éclater. Les rouages des affaires de celui-ci s’étaient grippés. Les eaux troubles dans lequel il baignait, remontaient à la surface comme un cadavre que l’on aurait lesté de plomb et qui flotterait, au grand dam du meurtrier.
La réunion du jour s’annonce donc tendu, Il construisait un rempart entre lui et la justice. Il avait tout préparé les ultimes tentatives de corruption, la manière dont il pourrait faire avancer en politique son adversaire, les mots qu’ils devraient utiliser pour la convaincre. Tout était clair, Il faut savoir éliminer ses ennemis dans un milieu de requins.
Dès leurs premières entrevues, il avait remarqué ses tailleurs, gris, rigides, ses lunettes, rondes, ses cheveux, qu’elle ne détachait jamais. Un langage clair et direct. En voyant, son nez aquilin et son regard d’aigle, il savait qu’elle ne lâcherait de vue, aucun de ses objectifs. Il avait testé sa corruptibilité, dès qu’elle lui avait paru gênante et dangereuse. Elle était devenue indomptable et implacable. Il l’avait mis sur écoute téléphonique, fait suivre par un détective. Elle était irréprochable.
Elle prit les allées de traverses taillées au cordeau pour traverser le parc plutôt que l’avenue boisée et agréable, il comprit l’issue de cet ultime rencontre mais croyait en un dernier terrain d’entente. Le moment où elle quitterait le bureau serait déterminant pour elle comme pour lui. D une manière ou d’une autre, il faudra arriver à ce qu’elle fasse silence. C’était quitte ou double mais lui n avait plus rien à perdre.
. Il ouvre la porte, lui sert la main, une ultime pensée lui traverse l’esprit avant de parler :
« Désormais c est son problème pas le mien."
15 novembre 2006
La verrue( posté sur paroles plurielles)
En ce Milieu du XIXème siècle prospère, dans la bourgeoisie, les fortunes se faisaient et se contrefaisaient très vite. Un homme en queue de pie et en pantalon noir, dans une tenue très austère et portant un monocle passait devant la fenêtre d une chambre de bonne. Il paraissait fin comme une règle de fer. Tout de lui montrait la rigidité d un caractère qui était né sous des jours mornes et gris. Sa démarche rigide et droite laissait voir que ses pensées étaient aussi coupantes et rigoureuses que lui.
« Voilà encore un dimanche à aller voir cette vielle tante. C’était
son anniversaire hier et pourtant elle ne change pas d’un poil. Eh,
elle en a des poils au menton. Les jeunes de la famille : ces neveux et
ses nièces, l’appellent " la verrue ". Elle nous fait miroiter sa
fortune alors que c’est une pièce rapportée de la famille.
Elle nous
en fait peser lourd, la veuve de mon frère. Lui, si généreux, qui avait
tellement capitaliser mais qui donnait, sans compter, pour que toute la
famille puisse en bénéficier. Elle, il n’y a pas un mariage, pas un
baptême,
pas un couple qui se forme sans qu’elle ne dise un mot. Tout ce qu’elle
pense de chacun est porté dans un carnet noir où elle écrit au nez et à
la vue de tous. Tout le monde à peur de ne pas lui plaire et les
pensées se font de plus en plus hypocrites. Plus elle vieillit et plus
chacun regarde du côté de ses biens. Si seulement, elle nous
partageait un peu de ses louis ou de ses titres !
Il faut que je méfie, les murs ont des oreilles et ça ne m’étonnerais pas qu’elle s acoquine avec eux. Ce sont ses seuls compagnons, les seuls qui la supportent. Alors on attend cet héritage, cette fortune, en emprunts russes et en action dans les transports ferroviaires mais aussi ce vieux terrain laissé à l’abandon depuis qu’elle ne peut plus s en occuper et qui serais si approprié pour une usine.
Mais non, elle
franchit chaque année, comme une personne, fatiguée, qui grimperait les
marches de Montmartre et l’on n’attend qu une chose, qu’elle s’épuise
sur ces marches, qu’elle y trébuche. Elle a déjà enterré nombreux de
mes frères aînés et si ça continue elle m’enterrera moi et la
génération d’après.
" La verrue " c’est décidé elle vivra centenaire ».
